
Marie-Paule Le Ninan raconte :
Vendredi 9 janvier au matin, je suis partie en sachant qu’aucun train ne quittait Paris en direction de la Normandie.
Arrivée à Paris Saint-Lazare vers 13h, les employés SNCF ne pouvaient donner aucun renseignement précis quant à l’heure de rétablissement de la circulation ferroviaire.
Je suis sortie marcher dans ce quartier Saint-Lazare, que j’avais souvent arpenté avec ma soeur étant enfant. J’ai pris le temps d’admirer les bâtiments, de passer devant l’Opéra Garnier, de redécouvrir le passage du Havre, et suis retournée à la gare vers 15h. Toujours rien…
Vers 15h30, un train pour Rouen a été affiché : départ vers 16h30.
Je suis montée dans ce train. Arrivée à Rouen, j’ai eu le temps de redécouvrir la vile où j’avais été étudiante, de me rendre au point de renseignement des cars Nomad qui sillonnent la Haute Normandie, et de vérifier que le car que je devais prendre à 8H30 le lendemain circulerait bien, de trouver mon hôtel.
Le lendemain, le car était à l’heure; il m’a déposée à Yainville et le service Astuce qui assure des transports à la demande était également à l’heure pour me déposer à Jumièges à 9h45, à temps pour participer aux obsèques d’Isabelle.
La première personne que j’aie rencontrée était Mylène, belle-soeur d’Isabelle, épouse de son frère Philippe.
Elle m’a accueillie, m’a remerciée d’être venue, m’a décrit le déroulement de la cérémonie et m’a indiqué à quel moment je devrais témoigner.
L’église saint Valentin de Jumièges est une église datant du XIè siècle, construite à la demande des moines de l’abbaye située plus bas, pour séparer la vie paroissiale de la vie monacale.
Ce fut une cérémonie sans représentant « officiel » de l’Eglise : ni prêtre, ni laïc chargé d’une mission quelconque. La famille avait demandé l’autorisation d’organiser un temps de recueillement en cette église dans laquelle ont été célébrés tous les temps forts de la vie de la famille depuis environ le milieu de XIXème siècle, date à laquelle la famille Vachette avait fait l’acquisition d’une grosse maison bourgeoise dans cette petite bourgade des bords de Seine.
Le corps d’Isabelle avait été crématisé le jeudi 8 janvier, étant donné qu’il est plus facile de déplacer une urne funéraire du Havre à Jumièges qu’un corps dans un cercueil.
La dite urne fut donc amenée à l’église à pied, depuis la propriété familiale, à quelques centaines de mètres de l’église, dans une brouette en bois, décorée de branches de mimosa en fleurs, et d’une jolie inscription Isabelle réalisée par collages sur une grande feuille de papier.
Nous nous sommes assis en demi-cercle dans le choeur de l’église et nous avons vécu une célébration recueillie, avec une grande implication et participation de l’assistance, chaleureuse, joyeuse malgré l’émotion. L’assistance était composée des membres de la fratrie d’Isabelle ( il reste 4 enfants sur les 6 de cette fratrie), de leurs enfants, et de quelques petits-enfants, d’un cousin, soit environ 30 personnes, dont une nièce venue de Montréal.
A 10h30, nous sommes sortis en procession dans le cimetière qui entoure l’église et qui donne une image de cimetière ancien, rustique, quelque peu en « désordre ».
Nous nous sommes rassemblés autour de l’emplacement creusé pour y déposer l’urne. Il y eut là un temps d’expression libre des participants, selon un « rituel » que je découvrais, mais que j’ai aimé : chacun, chacune, a pris la parole quand il/elle a voulu pour dire « Merci, Isabelle, pour… ». Se sont alors mélangés des souvenirs, des traits de caractère, des actions, …Puis, après un chant, nous avons déposé les fleurs de mimosa, couleur de soleil autour de l’urne posée à même la terre (pas de caveau familial), et nous nous sommes rendus à pied à la maison de Philippe et Mylène, toute proche, pour un temps de vie convivial et chaleureux.
La maison bourgeoise a été vendue en 1985 et les membres de la fratrie ont fait l’acquisition de ce qui devait être, je pense, la ferme de l’abbaye avec ses dépendances. Ce qui donne des bâtiments dispersés sur un grand champ herbu. Philippe et Mylène disposent d’une grange qui abritait le bois, et qui est devenue une charmante maison de campagne avec pignon disposant d’une grande baie vitrée donnant sur l’abbaye.
La famille d’Isabelle a été très touchée que je vienne représenter la Bretagne à ses obsèques. La relation fut chaleureuse.
Nous nous sommes quittés en début d’après-midi, parce que j’avais choisi de rejoindre Paris et d’y passer la soirée avec une amie.
Je sais que les cousins-cousines présents ce jour là avaient décidé de faire la fête en dansant le soir, comme Isabelle l’avait souhaité.
Marie-Paule LN
Tous droits réservés © 2014 Conception Jean-Rémy Dushimiyimana
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